Oui, c’est possible. Mais soigner un écureuil ne suffit pas toujours à garantir son retour durable à la vie sauvage.

Tout dépend de son âge, de ses blessures, de la durée de captivité, de la qualité de la réhabilitation, du lieu de relâcher et surtout de la qualité du milieu dans lequel il sera remis en liberté.
Message clé :
Un centre de soins peut sauver un écureuil blessé. Mais pour sauver durablement les écureuils roux, il faut surtout empêcher qu’ils soient blessés.
Un écureuil peut-il redevenir sauvage après les soins ?
Un écureuil soigné peut retrouver une vie sauvage normale si plusieurs conditions sont réunies :
- il est encore capable de grimper, sauter, fuir et chercher sa nourriture ;
- il n’est pas trop imprégné par l’humain ;
- il retrouve une bonne musculature ;
- il est relâché dans un secteur avec de l’eau, de la nourriture et des arbres ;
- il n’est pas remis dans un milieu trop dangereux ou trop pauvre.
Les conditions favorables à un retour réussi
Un centre de soins maximise les chances de succès lorsqu’il dispose :
- de grandes volières permettant de grimper et de retrouver sa musculature ;
- d’un environnement limitant le contact avec l’humain ;
- d’une alimentation variée et proche du régime naturel ;
- d’un relâcher dans un habitat adapté ;
- idéalement d’un suivi après relâcher.
Le lieu de relâcher est déterminant
Le succès du retour à la vie sauvage dépend fortement du site choisi.
Un bon secteur de relâcher doit offrir :
- de l’eau disponible ;
- des ressources alimentaires suffisantes ;
- de grands arbres favorables aux nids ;
- peu de routes dangereuses ;
- une pression modérée des prédateurs ;
- une bonne continuité écologique.
Un écureuil relâché dans un milieu pauvre, sec, fragmenté ou trop dangereux peut rencontrer rapidement de nouvelles difficultés.
Les centres de soins : un premier maillon d’urgence, pas une solution globale
Les centres de soins jouent un rôle important : ils recueillent, soignent et relâchent certains animaux blessés ou orphelins.
Mais ils ne doivent pas être présentés comme le cœur de la stratégie de protection de la faune sauvage.
Les centres de soins sont un premier maillon d’urgence.
Ils sauvent certains survivants, mais ils n’agissent pas sur les causes qui blessent ou tuent les écureuils chaque jour.
Pourquoi les centres de soins ne voient qu’une partie de la réalité

Seule une faible proportion des animaux blessés arrive réellement en centre de soins.
Pour être pris en charge, un écureuil doit :
- être encore vivant ;
- être découvert par une personne ;
- être récupéré à temps ;
- survivre jusqu’au transport ;
- être accepté par un centre disponible.
De nombreux écureuils meurent avant même d’être découverts.
Les causes invisibles dans les statistiques des centres
Les admissions en centre de soins reflètent surtout les animaux encore vivants.
Certaines causes de mortalité sont donc probablement sous-estimées :
- mortalité routière ;
- électrocutions ;
- noyades ;
- déshydratation sévère ;
- prédation rapide après accident.
Un écureuil percuté par une voiture meurt souvent immédiatement. S’il survit quelques heures, il peut ensuite être capturé par un chat, une pie ou un autre prédateur. Il arrive donc rarement jusqu’à un centre de soins.
Les chats domestiques : une cause majeure souvent mal nommée
Dans certaines données, les attaques sont parfois regroupées sous l’expression générale « animaux de compagnie ».
Mais sur le terrain, lorsqu’un écureuil présente une morsure à l’arrière de la tête ou du cou, l’hypothèse d’une attaque de chat domestique est très forte.
Morsure derrière la tête ou le cou :
selon notre expérience de terrain, il s’agit dans la quasi-totalité des cas d’une attaque de chat domestique.
Cette estimation est empirique. Elle n’est pas issue d’une étude scientifique publiée, mais elle est cohérente avec la présence massive de chats libres dans les jardins et le faible nombre de chiens capables d’attraper un écureuil par le cou.
Les morsures de chat sont particulièrement dangereuses car elles peuvent provoquer des infections graves. Les centres appliquent donc des protocoles vétérinaires adaptés après ce type de blessure.
Le cas du centre de soins LPO PACA de Buoux
En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, de nombreux animaux sauvages sont pris en charge puis relâchés dans ou autour du centre de soins de Buoux.
Ce travail permet de sauver des individus, mais plusieurs questions demeurent :
- combien d’écureuils sont relâchés chaque année ?
- quel est leur taux de survie à moyen terme ?
- reviennent-ils spontanément sur le site ?
- le secteur peut-il accueillir durablement un nombre important d’écureuils supplémentaires ?
- quelle est la disponibilité réelle en eau et en nourriture ?
Sans suivi scientifique, baguage, radio-suivi ou observations régulières, il reste difficile de savoir ce que deviennent réellement les écureuils relâchés.
Relâcher localement ou restaurer les zones d’origine ?
Une question stratégique se pose : faut-il relâcher les écureuils près du centre de soins ou, lorsque c’est possible, renforcer les populations dans les secteurs où ils ont été trouvés ?
Restaurer les zones d’origine peut être intéressant, mais seulement si ces secteurs offrent de nouveau des conditions favorables :
- eau disponible ;
- arbres à nids ;
- nourriture suffisante ;
- risques routiers réduits ;
- pression de prédation limitée.
Les forêts méditerranéennes sous pression
En Provence, les sécheresses répétées fragilisent fortement les milieux naturels.
Elles peuvent réduire :
- la disponibilité en eau ;
- la production de graines et de cônes ;
- la qualité globale de l’habitat ;
- les chances de survie après relâcher.
Dans ce contexte, les jardins refuges, les grands arbres urbains, les points d’eau sécurisés et les continuités écologiques deviennent essentiels.
La priorité : agir sur les causes
Les centres de soins interviennent après l’accident. Or, la priorité doit être d’empêcher les accidents.
Pour protéger durablement les écureuils roux, il faut déplacer les efforts vers la prévention :
- réduire la mortalité routière avec des écuroducs plus efficaces, simples à installer et adaptés aux écureuils ;
- installer des points d’eau et de nourriture sécurisés dans les zones proches des routes ;
- mobiliser un réseau de propriétaires engagés ;
- réduire la prédation des chats et des pies autour des zones sensibles ;
- protéger les arbres à nids, notamment grâce aux caméras thermiques ;
- réduire les noyades en rendant obligatoires des dispositifs de sortie dans les piscines, bassins et réserves d’eau ;
- lancer une étude européenne sérieuse sur la prédation des chats domestiques.
Notre position :
L’Europe doit étudier objectivement l’impact des chats domestiques sur la faune sauvage. Elle devra ensuite décider si sa politique actuelle de bien-être des animaux de compagnie peut continuer sans tenir compte de ses effets sur les oiseaux, les reptiles, les amphibiens et les petits mammifères comme l’écureuil roux.
Conclusion
Soigner les écureuils blessés est nécessaire.
Mais empêcher qu’ils soient blessés doit devenir la priorité.
Un écureuil soigné peut redevenir totalement sauvage si la réhabilitation est adaptée et si le lieu de relâcher offre suffisamment d’eau, de nourriture, d’arbres et de sécurité.
Mais sans suivi scientifique, il reste difficile de connaître précisément le devenir des animaux relâchés.
Les centres de soins sont donc un premier maillon d’urgence. Ils sauvent certains survivants. Mais pour protéger réellement les écureuils roux, il faut agir en amont : routes, chats domestiques, pies, élagages, noyades, manque d’eau, manque de nourriture et fragmentation des habitats.
Aidez-nous à agir avant l’accident
Rejoignez le réseau des propriétaires engagés et participez à la création de refuges pour les écureuils roux.