Les chats domestiques et errants : une pression croissante sur la biodiversité urbaine ( données de nos meilleurs chercheurs du CNRS)

France

Il y a urgence à agir ! Ecoutez SVP les chercheurs

1 Oiseau / jour rapporté pour un chat

et les écureuils roux : la LPO signale des morsures au cou sur de nombreux animaux blessés

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/le-chat-un-tueur-ne-2780682

Eu

L’étude américaine la plus citée est celle de :

Scott R. Loss, Tom Will et Peter P. Marra

Publiée en 2013 dans la revue scientifique Nature Communications.

Résultats principaux

Les auteurs ont estimé que les chats en liberté aux États-Unis tuent chaque année :

  • entre 1,3 et 4 milliards d’oiseaux ;
  • entre 6,3 et 22,3 milliards de mammifères.

Leur conclusion la plus importante est que les chats sans propriétaire (errants, harets, semi-sauvages) seraient responsables de la majorité de cette mortalité.

Les chercheurs ont reconnu qu’il était impossible de compter directement toutes les proies tuées.

Ils ont donc utilisé :

  • des études de terrain ;
  • des suivis de chats ;
  • les proies rapportées aux propriétaires ;
  • des facteurs correctifs pour tenir compte des proies non rapportées ;
  • des estimations du nombre de chats domestiques et errants.

Les limites

C’est exactement le point que tu soulèves.

Elle repose sur des modèles statistiques et des extrapolations à partir de nombreuses études locales. Les auteurs eux-mêmes reconnaissent qu’il existe une marge d’incertitude importante.

Par ailleurs :

  • une partie des proies n’est jamais retrouvée ;
  • certaines sont abandonnées sur place ;
  • les analyses de crottes sous-estiment probablement certaines captures ;
  • les espèces rares comme l’écureuil roux sont très difficiles à mesurer précisément.

Chine

Étude chinoise de référence (2021)

Yuhan Li, Yue Wan, Hua Shen, Scott Loss et Peter Marra

“Estimates of wildlife killed by free-ranging cats in China” publiée dans la revue scientifique Biological Conservation.

Les chercheurs ont utilisé plus de 2 000 questionnaires auprès de propriétaires de chats et d’observateurs de chats errants afin d’estimer la prédation à l’échelle nationale.

Résultats estimés pour la Chine

Chaque année, les chats en liberté tueraient :

  • 2,69 à 5,52 milliards d’oiseaux ;
  • 3,61 à 9,80 milliards de mammifères ;
  • 1,48 à 4,31 milliards de reptiles ;
  • 1,13 à 3,82 milliards d’amphibiens ;
  • 1,61 à 3,58 milliards de poissons ;
  • 1,61 à 4,95 milliards d’invertébrés.

Les auteurs reconnaissent eux-mêmes que ces chiffres ne proviennent pas d’un comptage direct des animaux tués mais d’un modèle statistique construit à partir :

  • des proies rapportées ;
  • des observations des propriétaires ;
  • des observations de chats errants ;
  • d’extrapolations à l’ensemble du territoire chinois.

Le chat est-il devenu le principal prédateur de nombreux animaux sauvages dans nos villes et nos jardins ?

Les études menées aux États-Unis, en Australie et plus récemment en Chine montrent que les chats domestiques et errants exercent une pression considérable sur la faune sauvage.

Jessica Serra, éthologue, rappelle :

« Les chats domestiques tuent environ quatre milliards d’oiseaux et entre six et vingt-deux milliards de mammifères chaque année rien qu’aux États-Unis. En Australie, c’est plus de six cent cinquante millions de reptiles. Ce sont des chiffres abominables, et les humains ne réalisent pas toujours l’ampleur de cet impact. »

Ces résultats rejoignent les observations réalisées par SOS Écureuil Provence depuis maintenant six ans. Dans de nombreux parcs, jardins et zones urbanisées, les chats domestiques sont présents en permanence alors que les autres prédateurs naturels sont souvent plus rares ou plus localisés.

Nos observations suggèrent que le chat domestique pourrait être aujourd’hui l’un des principaux prédateurs de l’écureuil roux en milieu urbain et périurbain. Cette hypothèse reste à confirmer par une étude scientifique de grande ampleur, mais elle est cohérente avec la forte densité de chats observée dans nos villes.

Les pies semblent également jouer un rôle important. Très intelligentes, elles ont appris à se défendre et à agir collectivement grâce à des cris de ralliement. Lorsqu’elles repèrent un écureuil, plusieurs individus peuvent participer à son harcèlement, notamment lorsqu’il est jeune, affaibli ou isolé.

Face à ces constats, SOS Écureuil Provence souhaite lancer une enquête participative nationale afin de recenser les attaques observées sur les écureuils roux et d’identifier les principaux prédateurs selon les régions.

Chaque observation compte.

Avez-vous observé en 2026 une attaque ou une tentative d’attaque d’écureuil roux ?

• Chat domestique
• Pie
• Rapace
• Martre
• Fouine
• Corneille
• Serpent
• Autre prédateur

Ces informations permettront d’améliorer nos connaissances et, peut-être demain, de mieux protéger l’écureuil roux et l’ensemble de la biodiversité de nos jardins.

Un écureuil tué puis abandonné au pied d’un arbre n’apparaîtra ni dans les crottes du chat, ni parmi les proies rapportées au propriétaire.

Autrement dit, ces études permettent d’obtenir des ordres de grandeur mais probablement pas le nombre réel de victimes pour certaines espèces discrètes ou rares.

Un point particulièrement intéressant

Les chercheurs chinois ont estimé qu’il existait déjà plus de 34 millions de chats domestiques ayant accès à l’extérieur dans les zones urbaines chinoises, auxquels s’ajoutent les populations errantes.

Ils concluent que la stérilisation seule (TNR) risque d’être insuffisante lorsque les effectifs sont très importants et que les abandons continuent. Ils recommandent également :

  • davantage de sensibilisation du public ;
  • la limitation des sorties ;
  • une meilleure gestion des populations errantes.

Un parallèle intéressant avec l’Europe

Tu peux faire remarquer dans ton article que :

L’Europe concentre aujourd’hui l’essentiel de ses efforts sur la stérilisation des chats errants, mais fixe rarement des objectifs chiffrés de réduction des populations de chats domestiques ou errants. Pourtant, même une femelle stérilisée tardivement peut avoir produit plusieurs portées auparavant. Selon Jessica Serra, une femelle peut avoir jusqu’à deux portées par an comportant plusieurs chatons lorsque les conditions sont favorables.

C’est probablement un des points de débat scientifique les plus importants aujourd’hui : la stérilisation ralentit-elle réellement la croissance des populations de chats à l’échelle d’un territoire ou faut-il également agir sur les abandons, les reproductions domestiques et les sorties en liberté ?

Notre avis

Depuis plusieurs décennies, les villes et les villages sont devenus des refuges pour de nombreuses espèces sauvages. Face à l’urbanisation croissante, aux sécheresses répétées, à la disparition des haies, des zones humides et de certaines ressources alimentaires naturelles, de nombreux animaux trouvent désormais dans les jardins, les parcs et les espaces verts leurs dernières possibilités de survie.

L’écureuil roux illustre parfaitement cette évolution. En Provence, les sécheresses successives, la raréfaction des pignons de pin, la diminution de certaines ressources naturelles et la fragmentation des habitats poussent de plus en plus d’individus à fréquenter les jardins habités où ils trouvent de l’eau, des arbres refuges, des fruits, des noix ou des graines.

Mais ces mêmes espaces accueillent également un nombre croissant de chats domestiques.

Aux chats possédant un propriétaire s’ajoutent les chats errants, les chats abandonnés et les populations issues de reproductions non maîtrisées. Cette présence permanente crée une pression de prédation quasi continue sur la petite faune locale.

Contrairement aux prédateurs sauvages, dont les populations sont régulées par la disponibilité des ressources naturelles, les chats domestiques bénéficient généralement d’une alimentation fournie par l’homme. Ils peuvent donc continuer à chasser même lorsqu’ils ne ressentent aucun besoin alimentaire particulier.

Cette situation est aujourd’hui reconnue par de nombreux chercheurs comme un facteur important de mortalité pour les oiseaux, les reptiles, les amphibiens et les petits mammifères vivant à proximité des habitations.

Les écosystèmes urbains se retrouvent ainsi confrontés à un paradoxe : les animaux sauvages se rapprochent des villes pour trouver les ressources indispensables à leur survie, mais ils y rencontrent également une densité de prédateurs domestiques sans équivalent dans les milieux naturels.

Pour certaines espèces déjà fragilisées par la disparition de leur habitat, les collisions routières, les pollutions ou les épisodes climatiques extrêmes, cette pression supplémentaire peut contribuer à accélérer leur déclin local.

La question n’est donc pas seulement celle du nombre de chats présents sur un territoire, mais celle de la capacité de nos villes à concilier la présence d’animaux de compagnie avec la préservation de la biodiversité sauvage qui tente encore d’y survivre.

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